Par : Frantzou Laguerre
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À l’approche du 7 février, date marquant la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), le climat politique reste lourd d’incertitudes et de frustrations. Tandis que l’ambassade des États-Unis en Haïti affirme, dans une publication sur sa page Facebook officielle, soutenir le leadership du Premier ministre Fils-Aimé « dans la construction d’une Haïti forte, prospère et libre », de nombreuses voix au sein de la société haïtienne dénoncent avec vigueur l’échec du CPT à répondre aux attentes fondamentales de la population.
Mis en place dans un contexte de crise multidimensionnelle, le Conseil présidentiel de transition portait l’espoir d’un minimum de stabilité institutionnelle, d’une amélioration de la sécurité et d’un cadre crédible devant conduire à des élections. Or, plusieurs mois après son installation, le bilan apparaît, pour beaucoup d’observateurs, largement en deçà des promesses. L’insécurité continue de s’étendre, l’économie demeure paralysée et aucune avancée significative vers l’organisation d’échéances électorales n’a réellement rassuré l’opinion publique.
Cette situation alimente un profond sentiment de désillusion. Des organisations de la société civile, des acteurs politiques et de simples citoyens reprochent au CPT son manque de vision, de cohésion et de résultats concrets. Certains dénoncent également une gouvernance perçue comme éloignée des urgences sociales, marquée par des rivalités internes et une incapacité à imposer une direction claire dans la conduite de la transition.
Dans ce contexte, le soutien affiché par la diplomatie américaine au Premier ministre Fils-Aimé est interprété de diverses manières. Pour certains, il s’agit d’un signal politique fort visant à privilégier une figure exécutive jugée plus à même de porter des décisions rapides. Pour d’autres, cette prise de position soulève des interrogations sur l’équilibre réel du pouvoir au sein de la transition et sur l’influence persistante des acteurs internationaux dans les dynamiques politiques haïtiennes.
À quelques jours de l’échéance du 7 février, une question demeure centrale : que restera-t-il concrètement du passage du CPT à la tête de l’État ? Sans amélioration tangible de la sécurité, sans calendrier électoral crédible et sans réponses aux urgences sociales, le risque est grand que cette transition soit perçue comme une occasion manquée de plus dans l’histoire politique récente du pays.
L’avenir immédiat dépendra désormais de la capacité des autorités à restaurer un minimum de confiance et à poser des actes clairs en faveur d’un retour effectif à l’ordre constitutionnel. Faute de quoi, la fin du mandat du CPT pourrait surtout symboliser la prolongation d’une crise que la population, déjà éprouvée, ne peut plus se permettre d’endurer.