Par : Frantzou Laguerre
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Le 12 mars 2021, un drame sans précédent frappait la Police nationale d’Haïti, où cinq agents de l’unité d’élite SWAT avaient été perdus la vie lors d’une opération à Village-de-Dieu, zone alors contrôlée par le gang « 5 Segond » dirigé par Johnson André, plus connu sous le nom d’« Izo ». Les policiers furent tués, leurs corps retenus et humiliés, dans une scène qui avait profondément choqué la conscience nationale. Cinq ans plus tard, le pays reste confronté à une question douloureuse, où en est réellement l’enquête ?
Malgré l’ampleur de ce crime et l’indignation qu’il avait suscité à l’époque, les avancées judiciaires demeurent floues et insuffisantes. Aucune communication claire n’a été faite sur l’identification complète des responsables, ni sur d’éventuelles poursuites judiciaires abouties. Pour de nombreux observateurs, cette situation illustre une fois de plus la faiblesse chronique des institutions chargées de rendre justice et de protéger les agents de l’État.
Au moment des faits, le pays était dirigé par Jovenel Moïse, tandis que Joseph Jouthe occupait le poste de Premier ministre. La Police nationale d’Haïti était alors placée sous la direction de Léon Charles. Pour plusieurs citoyens et analystes, la gestion de cette crise sécuritaire avait soulevé de sérieuses interrogations sur la capacité de l’État à protéger ses propres forces de l’ordre.
Au-delà de la tragédie humaine, cette affaire symbolise une blessure institutionnelle profonde. Comment expliquer que des policiers envoyés en mission puissent être abandonnés à leur sort dans un territoire contrôlé par des groupes armés ? Pourquoi, cinq ans après, les familles des victimes et la nation n’ont-elles toujours pas obtenu toute la vérité ?
L’absence de résultats tangibles dans l’enquête renforce un sentiment d’impunité déjà très présent dans la société haïtienne. Elle envoie également un message inquiétant aux policiers encore en service, ceux qui risquent leur vie pour l’État ne sont pas toujours assurés que justice sera rendue si le pire se produit.
En ce cinquième anniversaire, la mémoire des cinq policiers du SWAT appelle non seulement au recueillement, mais aussi à une exigence de vérité et de responsabilité. Car sans enquête sérieuse, sans poursuites effectives et sans justice, ce drame risque de rester l’un des nombreux symboles de l’impunité qui mine depuis trop longtemps les institutions du pays.