Par : Frantzou Laguerre
laguerrefrantzou073@gmail.com
Les images qui nous parviennent depuis Petite-Rivière de l’Artibonite sont insoutenables : des corps jonchent les rues, des maisons en flammes, des familles décimées ou dispersées dans la terreur. Une nouvelle fois, la violence aveugle des gangs armés a frappé au cœur de la vie quotidienne des Haïtiennes et Haïtiens, faisant des dizaines de morts le bilan restant difficile à établir au milieu du chaos et plongeant encore plus profondément le pays dans l’horreur.
Ce qui s’est passé n’est pas une « erreur tragique », mais le symptôme d’une crise qui s’aggrave depuis des années, la perte totale du monopole de la violence par l’État, et l’occupation de vastes territoires par des organisations criminelles comme le gang Gran Grif. Fondé en 2016, ce groupe s’est imposé comme l’un des plus brutaux d’Haïti, responsable d’une grande partie des exactions qui frappent la population civile dans l’Artibonite meurtres, kidnappings, viols, extorsions et recrutement forcé d’enfants.
Pendant ce temps, l’État haïtien, ses forces de police et les rares institutions encore debout peinent à exercer quelque autorité que ce soit. Les opérations de sécurité se succèdent, mais restent largement incapables de protéger les civils ou de freiner l’expansion des gangs. L’intervention de forces internationales ou de missions de sécurité n’a pas encore inversé la tendance.
Ce piège mortel entre une insécurité galopante et une gouvernance défaillante pèse d’un poids écrasant sur la vie quotidienne des Haïtiennes et Haïtiens. Chaque massacre ravive une douleur collective et creuse davantage le fossé entre le peuple et ses dirigeants.
Où est l’État quand des familles sont terrorisées dans leurs propres maisons? Où est la justice quand des civils sont transformés en cible?Quand le gouvernement est lui-même fragmenté, sans un contrat social solide, c’est la vie elle-même qui devient précaire.
Et pourtant, ce n’est pas seulement une crise de sécurité, c’est une crise morale et politique. La répétition des massacres dans l’Artibonite et ailleurs qu’il s’agisse de Pont-Sondé, Jean-Denis ou d’autres localités n’est pas un accident, mais l’expression d’un système où la loi du plus fort a remplacé l’autorité légitime.
Quand l’État ne protège plus, quand les gangs dictent leurs règles et quand des vies humaines deviennent un simple chiffre dans des bilans tragiques, c’est l’essence même de la société qui est en péril.
La communauté internationale ne peut non plus se contenter d’observer. Si des missions de sécurité sont déployées, elles doivent être accompagnées d’un engagement réel pour restaurer la gouvernance, renforcer les institutions et permettre le retour de la justice et de la dignité.
La surveillance des droits humains, l’établissement de mécanismes de protection des civils et un appui soutenu à des solutions politiques durables ne sont pas des luxes, mais des impératifs humanitaires et civiques.
Haïti n’est pas condamnée à être un champ de bataille sans fin. Mais pour briser ce cycle infernal, il faut plus que des opérations ponctuelles : il faut une vision nationale de paix et de reconstruction, un État qui protège et respecte ses citoyens, et des acteurs internationaux qui soutiennent sans dominer, qui aident sans substituer. Ce massacre dans l’Artibonite doit servir de réveil brutal, car chaque vie perdue est une tragédie individuelle mais aussi le symptôme d’une urgence collective.