Par : Stendjy Roseberson Vital
À Carrefour, commune du département de l'Ouest, d'Haïti, l'autorité de l'État semble s'effacer un peu plus chaque jour. Dans plusieurs quartiers de la commune, des groupes armés imposent leurs propres règles, prélèvent des taxes et exercent un contrôle qui, selon de nombreux habitants, se substitue désormais aux institutions publiques.
Selon plusieurs propriétaires de maisons interrogés, le chef de gang Chrisla Chéri a lancé un ultimatum fixant au 1er octobre la date limite pour le paiement d'un « impôt locatif ». Les montants exigés varient de 10 000 à 50 000 gourdes, en fonction des biens concernés.
Ces exigences plongent de nombreuses familles dans une profonde inquiétude. Plusieurs propriétaires affirment envisager d'abandonner leurs maisons, incapables de réunir les sommes réclamées. Des locataires rapportent également avoir reçu l'ordre d'informer les propriétaires de ces nouvelles exigences, sous peine d'être eux-mêmes tenus responsables du paiement.
Au-delà de cette collecte forcée, les témoignages recueillis traduisent une réalité plus large : l'effacement de l'autorité publique dans plusieurs secteurs de Carrefour. Pour de nombreux habitants, les fonctions traditionnellement assumées par l'État perception des taxes, maintien de l'ordre, administration municipale et protection des citoyens sont désormais remplacées, dans les faits, par l'autorité des groupes armés.
Cette situation illustre la crise profonde de gouvernance qui frappe la commune. Carrefour, autrefois l'un des principaux pôles urbains de l'Ouest, apparaît aujourd'hui comme le symbole d'un territoire où la présence de l'État s'amenuise au profit de pouvoirs de fait. Pour les habitants, l'urgence ne se limite plus à la lutte contre l'insécurité : elle concerne désormais la restauration de l'autorité républicaine et de l'État de droit.