Par : Frantzou Laguerre
laguerrefrantzou073@gmail.com
À l’issue des trois jours gras de 2026, la ville des Cayes referme un carnaval qui laisse derrière lui un parfum mêlé de ferveur populaire et de profondes interrogations. Entre manque de moyens, absence de planification visible et organisation fragile, les festivités se sont déroulées sans parvenir à retrouver l’éclat culturel et la puissance d’attraction qui faisaient autrefois la renommée carnavalesque de la troisième ville du pays.
Pourtant, la rue n’était pas vide. Des milliers de personnes ont foulé le bitume durant les trois jours gras, témoignant d’un attachement indéfectible à cette tradition qui, au-delà de la fête, incarne un espace d’expression artistique, sociale et identitaire. Des bandes à pied, des groupes de danse, ainsi que des chars musicaux ont tenté d’animer l’espace public, portant couleurs, rythmes et fragments d’espérance. Mais cette présence populaire n’a pas suffi à masquer les failles structurelles d’un carnaval semblant avancer sans véritable boussole.
L’absence d’une vision culturelle claire s’est particulièrement fait sentir. Là où le carnaval devrait être une scène ouverte à la créativité locale, à la valorisation du patrimoine et à l’innovation artistique, l’édition 2026 a donné l’impression d’un événement maintenu par habitude plus que porté par un projet. Le manque de coordination, la faiblesse logistique et la rareté des investissements ont contribué à diluer l’impact des prestations, laissant le public dans une forme de distance inhabituelle.
Cette situation soulève une question essentielle : que devient le carnaval lorsque la passion populaire n’est plus soutenue par une véritable politique culturelle ? Car au-delà du simple divertissement, le carnaval constitue un miroir de la vitalité d’une ville, de sa capacité à rêver collectivement malgré les crises. Aux Cayes, ce miroir semble aujourd’hui terni, non par l’indifférence du peuple, mais par l’insuffisance d’un encadrement capable de transformer l’énergie de la rue en véritable célébration culturelle.
Ainsi, le carnaval 2026 apparaît moins comme une fête accomplie que comme un signal d’alarme. Il rappelle l’urgence de repenser l’organisation, de soutenir les créateurs, de sécuriser les espaces et, surtout, de redonner au carnaval sa dimension symbolique : celle d’un rendez-vous où une communauté se reconnaît, s’invente et affirme sa dignité par l’art et la joie.
Car si la musique continue de résonner dans les rues des Cayes, c’est peut-être pour rappeler que, malgré les manques et les silences institutionnels, l’âme culturelle de la ville, elle, refuse encore de se taire.